Mot de Monsieur le Recteur (2018-2019)

Le rang magistral bien compris : autonomie de réflexion et d’action assurée

Chaque année, des universitaires sont promus maitre de conférences et professeurs. Ce ne sont ni des chiffres ni de simples statistiques. Chaque année, des critiques acerbes sont formulées à l’encontre de l’Enseignement supérieur. On lui reproche sa politique du quantitatif au dépens du qualitatif. Chaque année, le flux étudiants (entrant et sortant) est impressionnant. Un autre constat ; accablant sans doute, aux yeux d’esprits réducteurs. Néanmoins, les faits demeurent des faits ; seule change leur interprétation. Les qualifications et les promotions reflètent la santé d’un système, le bien-être d’une organisation.

Chaque année, des soutenances de PFE, de master et de doctorat ont ainsi lieu –en nombre insuffisant en ce qui concerne le 3e cycle. Pourtant, les soutenances ne servent pas à établir uniquement des palmarès, à dresser des bilans ; elles traduisent concrètement la progression des compétences en formation et recherche ; le murissement des esprits des impétrants ; la responsabilité d’assumer désormais un titre universitaire et un grade scientifique au service de la communauté. Les soutenances vont au-delà des occasions de festivité et de félicitations des lauréats. Elles préludent au devenir d’une communauté universitaire désormais souveraine ; libre de ses réalisations pédagogiques et scientifiques. Les soutenances ne laissent place ni à l’égoïsme ni à l’égocentrisme des individus mais libèrent les grandes ambitions et régulent les aspirations les plus profondes des personnes dévouées à la grandeur de l’Université nationale. Les soutenances constituent le fer de lance de la véritable recherche scientifique ; celle que pratique le rang magistral ; diligent dans son exercice de la réflexion, prompt à se décider et à agir. Son extrême souci, le respect des principes d’éthique et de déontologie dans sa parole comme dans son écrit. Tel est le portrait réel du rang magistral, délivré de la vanité de ses titres et de leur prestige social. Tel est le portrait, non pas fantaisiste mais combien authentique, du rang magistral, hommes et femmes, conscient du poids et de la nécessité d’accomplir sa tâche de formation et de recherche au milieu des contradictions, des indécisions, des revirements, des soubresauts d’une université et d’une société en reconstruction intellectuelle.

Depuis 40 ans, à travers le monde, on reproche à l’Université d’être « une fabrique de chômeurs ». Avec le système LMD, on lui reproche tout autant « sa marchandisation » et « son mercantilisme ». Au rang magistral de démentir les prétentions sournoises qui sapent les fondements de l’Ordre universitaire. La quantité et la qualité, l’éthique et la déontologie, l’objectivité et la tolérance ; toutes les valeurs universelles de l’université sont constamment à défendre contre la violence du verbe et de l’écrit, la médiocrité et la platitude, la lâcheté et l’indignité des pensées rétrogrades.

Au rang magistral de l’université de Biskra, je profite de l’opportunité afin de lui rappeler, non pas ses missions (elles sont fortement ancrées dans son esprit serein), mais le principe dynamique de la transmission du flambeau de la Connaissance aux jeunes générations de la relève. Le rang magistral possède un capital de compétences et de performances qui doit être perpétué. Il lui appartient de maintenir la culture universitaire dans ce qu’elle a de plus riche : la fécondation des esprits ouverts à la promesse des lendemains à coconstruire.

À l’université réside la suprême confiance.

Pr. Ahmed Boutarfaia